L’intelligence coopérative : origine et fonctionnement

Publié par etirespo le dim 24/09/2017 - 17:18

De nos jours, les entreprises sont confrontées à de multiples challenges. Paradoxalement, les progrès techniques des dernières décennies ont amélioré nos conditions de vie tout en provoquant une hausse de la consommation des ressources naturelles, des cas de troubles psychosociaux et des pertes d’emplois. Nous prenons conscience que le monde fait face à plus d’instabilité, que l’évolution technologique et les changements de paradigmes économiques s’accélèrent et que les hommes sont en quête de sens. Cette situation pousse les entreprises à gérer de l’instabilité, des crises, de la concurrence et à se montrer agiles face aux changements. Ces conditions d’émergence d’une nouvelle conscience sociétale poussent certaines organisations à opter pour l’intelligence coopérative en tant que système de management et à se reconnecter avec le vivant.

Ce système de management n’est pourtant pas une nouveauté managériale mais plutôt une redécouverte « éco-moderne » de la toute première forme d’organisation sociale des hommes primitifs. Depuis 70.000 ans, l’Homo Sapiens a trouvé sa place dans l’écosystème jusqu’à en prendre possession et à l’exploiter. Bien qu’il fût chétif comparé à l’Homo Neanderthalensis, l’amélioration des capacités linguistiques de l’Homo Sapiens lui a permis de communiquer plus facilement. De cette manière, avec l’échange d’informations fiables, les petites tribus ont pu former des plus grandes, et élaborer des formes de coopération plus resserrées et plus fines jusqu’à développer les aptitudes cognitives de l'abstraction, de l'introspection et de la spiritualité.

Au sein d'une tribu ou d’une organisation, le travail coopératif est défini comme la volonté collective et la capacité d’atteindre un but commun en interaction les uns avec les autres tout en se partageant les tâches et en évitant les conflits. L’intelligence coopérative est considérée comme une économie à somme positive, c’est-à-dire lorsque la performance collective d’un groupe est supérieure à la somme des performances individuelles.

Grandir ensemble

Située près de Namur, Enterprise Responsibility est une entreprise de 15 personnes qui propose à ses clients des services de consultance, d’expertise, de formation et de coaching dans les matières touchant à la responsabilité sociétale. En 2016, elle a opté pour la mise en place de l’intelligence coopérative en tant que système de management.

Les principales raisons qui ont conduite l’entreprise à faire ce choix sont nombreuses :

  • La conviction que la réflexion en groupe permet de gérer avec plus d’agilité les changements,
  • de trouver des solutions innovantes pour les clients,
  • de stimuler l’apprentissage en équipe,
  • de responsabiliser les salariés,
  • d’assurer la continuité des missions,
  • de faire face avec solidarité à des crises ou de projeter un futur commun et réussir à le créer

Ce changement de système s’est fait en trois phases dans l’entreprise.

  1. Tout d’abord, un coaching des membres du comité de pilotage a permis de tester le bien-fondé de la mise en place de ce système.
  2. La phase suivante a consisté à impliquer le reste de l’équipe dans l’utilisation des processus coopératifs (Méthode Sens > Processus > Contenu, World Café, etc.) pour gagner leur adhésion, redéfinir ensemble les valeurs de l’entreprise et co-créer un référentiel d’attitude attendue de chacun en vue d’augmenter leur responsabilisation.
  3. Enfin, la dernière phase a visé la transformation des pratiques organisationnelles, la révision des rôles et responsabilités tant des fonctions individuelles que des groupes de gestion (Comité de pilotage, Comité de développement, etc.).

Un accompagnement régulier du gérant, des membres de l’équipe a également été utile.

Jean-Francois Noubel explique que 7 paramètres sont requis pour constituer les conditions de « l’intelligence collective originelle ». La signification que l’entreprise a donné à ces paramètres pour mettre en œuvre de cette forme d’organisation sociale chez Enterprise Responsibility peut être décrite de la manière suivante :

  • Reconnaître l’existence d’un « Tout émergeant » : une identité propre à la tribu, la définition de valeurs, le plaisir de jouer ensemble, de partager un repas, de célébrer les succès ou de s’engager à participer à des missions qui ont du sens.
  • Intégrer l’équipe dans un espace holoptique : un espace commun physique et/ou virtuel permettant une interaction avec chaque acteur tout en permettant de partager le "Tout".
  • Mettre un cadre et des règles : définir un standard d’attitude et définir clairement les rôles et responsabilités en impliquant toute l’équipe.
  • Organiser le polymorphisme de la hiérarchie : un environnement en constante évolution oblige à avoir des réponses adaptées, il est nécessaire de définir des hiérarchies de circonstance chez les clients mais aussi dans les divers groupes de travail internes.
  • Un objectif commun identifié : l’équipe doit être fédérée autours d’objectifs bien définis, compris et acceptés en vue d’inciter ses membres à mettre leurs idées et leurs forces en commun pour permettre à l’entreprise de se dépasser.
  • Une organisation apprenante : les interactions sont riches d'enseignement et entraînent des réajustements qui optimisent les échanges. Travailler en binômes permet aux juniors de profiter de l’expérience et du mentoring des seniors ; cette configuration facilite également la contingence en vue d’assurer la continuité des missions.
  • Adhérer à « l’économie du don » : mode d'échange où l'on accepte de donner du temps, de l’énergie ou des ressources ; D’abord pour assurer que l’organisation qui coopère crée de la valeur commune et ensuite obtenir une répartition des bénéfices individuels en retour.

Aujourd’hui, Enterprise Responsibility est satisfaite du choix pris il y a plus d’un an tout en étant consciente du chemin qu’il lui reste à parcourir pour faire maturer l’écosystème de l’intelligence coopérative. En prenant son temps, elle va continuer son développement dans cette voie en vue de ne pas faire mentir l’adage « Seul on va plus vite, ensemble, on va plus loin ».

Pauline Rasse & Jonathan Blond

Experts HSE

Ensemble

Références :

  • C. MARSAN, M. SIMON, J. LAVENS, G. CHAPELLE, S. SAINT GIRONS, T.E. GÉRARD, E. JULIEN - « L’Intelligence Collective : Co-créons en conscience le monde de demain », Editions Yves Michel, 2014
  • J-F NOUBEL, « Intelligence collective : La Révolution invisible », www.thetransitioner.org, 2004
  • Y. N. HARARI – « Sapiens : Une brève histoire de l'humanité », Editions Albin Michel, 2015

Article écrit pour le QualiGuide du Mouvement Wallon pour la Qualité ; plus d'informations ?